Paul Van Nevel - Biographie

paulvannevel_portretPaul Van Nevel est le directeur artistique de l’Ensemble Huelgas qu'il a fondé en 1971, pour compléter ses activités à la Schola Cantorum de Bâle. Pionnier et figure de proue de l' exploration ainsi que de l'interprétation de la polyphonie européenne du XIIème au XVIème siècle , Paul Van Nevel effectue une approche interdisciplinaire en partant des sources originales tout en tenant compte du contexte culturel de l'époque (la littérature , la prononciation restituée , le tempérament, le tempo, la rhétorique, etc.). Il est toujours à la recherche d'œuvres méconnues et porte une attention toute particulière aux trésors de la polyphonie flamande.

Paul Van Nevel était professeur invité au Sweelinck Conservatorium Amsterdam, la Musikhochschule Hannover, le Centre de Musique ancienne de Genève et il est depuis 30 ans chef invité du « Chœur de chambre des Pays-Bas ».

Paul Van Nevel a notamment écrit une monographie consacrée à Johannes Ciconia ainsi qu'un livre sur Nicolas Gombert. Il a également transcrit de la musique de la Renaissance pour les éditions allemandes Bärenreiter.

Paul Van Nevel possède une excellente connaissance des collections des bibliothèques musicales européennes qu'il met à profit pour interpréter avec son ensemble des œuvres pour la plupart inconnues du grand public. Ses programmes surprennent par leur conception originale et par une maîtrise exceptionnelle du répertoire de la polyphonie du Moyen Âge et de la Renaissance.

Paul Van Nevel a reçu de nombreux prix, dont le « Prix d'honneur » de l'Académie Charles Cros (1994),   plusieurs « Diapason d'Or » ainsi que des « Choc de l'année » (Le Monde de la Musique), le « prix Edison », le « Classical Award » de Cannes , plusieurs prix « Caecilia » de la presse belge , un « Prix pour sa carrière » de la radio classique belge « Klara », le « Preis der deutschen Schallplattenkritik » et également plusieurs prix « Echo Klassik » de la presse musicale allemande. La presse internationale a réservé un accueil particulièrement élogieux à l'enregistrement de l’Ensemble Huelgas consacré au « Eton Choirbook » (Sony Classical , 2012) et  «La oreja de Zurbarán » (Cypres records, 2014). Pour l'enregistrement  « Les trésors de Claude Le Jeune » (Sony Classical , 2014) il a reçu le « Diapason d'Or de l’année 2014 » et pour l'enregistrement de "Wolfgang Rihm: Et lux" (ECM, 2015)  le "Diapason d'Or de l'année 2015".  Plus récemment  Paul Van Nevel a récu un ‘Choc du mois’ (édition février de ‘Classica’) et un ‘Preis der deutschen Schallplattenkritik’ (Bestenliste 1/2017) pour le CD ‘Le miroir de Monteverdi’.

Paul Van Nevel est internationalement reconnu comme un grand connaisseur du cigare.

 

Direction Poétique, directions poétiques

 Luuk Gruwez, poète belge

Si Paul Van Nevel avait pu décider de son propre destin, il aurait certainement choisi le métier d'écrivain. Il m'a raconté plus d'une fois que, en tant que musicien, il se consacre davantage à l'écriture qu'à la direction. De sa passion d'adolescent pour les vers de Jan Jacob Slauerhoff subsiste aujourd'hui non seulement son amour pour Lisbonne, mais aussi sa jalousie de tous les poètes.

Paul Van Nevel exerce avec la polyphonie un genre qui, tout comme la poésie, suscite non pas l'hystérie collective, mais l'intimité, ce qui implique qu'il opte pour la lenteur dans tous ses gestes. Jusqu'au niveau culinaire, il est très conscient de la différence entre slow- et fast-food. Et, cigarier dévoué, il n'est évidemment pas un homme de cigarettes, mais de cigares, non pas de ces quelques bouffées fugaces, mais d'un souffle long.

Paul Van Nevel (°1946) est le dernier-né d'une grande famille issue du Limbourg belge dont plusieurs membres étaient ou sont encore grands amateurs de musique. Les conséquences sont bien connues. Il suit d'abord une formation au conservatoire de Maastricht et se perfectionne ensuite, alors qu'il enseigne à la Schola Cantorum de Bâle, dans la notation. Non exempt du sens de la rébellion, il échange la prédilection paternelle pour l'agitation de Wagner contre l'intimité des Franco-Flamands tels Nicolas Gombert, Antoine Brumel et Cipriano de Rore. Et pour la musique plus récente, Béla Bartók devient son Dieu et non pas Gustav Mahler, pour ne citer qu'un exemple, « car Mahler - je n'aime pas toujours le lui entendre dire - Mahler a un côté trop Sachertorte. »

Il s'est avéré que la naissance de Paul Van Nevel marque non seulement l'arrivée d'un chef éminent, mais aussi la venue au monde d'un homme qui tente de diriger la vie entière par son épicurisme contagieux. Un musicien n'a évidemment rien d'un agent de la circulation, mais qu'il me soit arrivé de le voir s'arrêter avec son incorrigible naturel en plein milieu d'un boulevard de Lisbonne, pour s'assurer que je puisse traverser en toute sécurité avec ma bien-aimée, n'est pas uniquement drôle. C'est surtout emblématique de son caractère généreux et charismatique. L'art et la vie, il essaie de les entrelacer, quoiqu'on ait assez souvent l'impression qu'il investit toute sa maîtrise dans la musique, et qu'il ne lui importe guère s'il n'en reste que peu pour la vie. Dans la musique par contre, il n'est quasiment personne qui incorpore à sa façon la grandeur du geste et la subtilité des moindres nuances.

Il dirige comme si, à l'aube des temps, quelque chose avait - par malchance - terriblement mal tourné, comme si il devait à présent apporter les retouches nécessaires. Là aussi, il semble proche des poètes, car tout aussi conservateur qu'eux, il refuse d'accepter qu'une chose soit pour ainsi dire passée avant qu'elle n'ait eu lieu. C'est sûrement pour cette raison qu'il leur attribue si souvent des émotions qui sont pour lui essentiellement musicales. C'est pour cette raison également qu'il associe systématiquement les poètes à la mélancolie, l'émotion la plus musicale qui soit. La traduction de la notion portugaise de saudade par le mot « mélancolie » n'est inévitablement qu'un pis-aller. Mais l'amour que Paul Van Nevel porte précisément au fado, la mise en musique de cette saudade, est notoire. La musique qu'il dirige est par ailleurs, elle aussi, nourrie d'une saudade insaisissable dans les mots. Ou, paraphrasant Novalis, c'est une tristesse digne de fierté, une tristesse qui nous rappelle nos origines spirituelles.

Paul Van Nevel est un homme de la nuit, moi du jour. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de recevoir au moment du petit-déjeuner un coup de fil au cours duquel il me confie qu'il doit aller se coucher. Quelque différente que soit notre attitude envers le jour et la nuit, nous partageons la même manie de la collection de moments. Bien que son crépuscule soit mon aurore, nos soleils caressent les mêmes horizons. Et entre temps, Paul est un homme du début, et moi de la fin. Ou est-ce l'inverse ? Sans doute aimons-nous avec la même intensité le début et la fin, les moments qui sont vraiment importants.

Le lieu et le temps, voilà, si l'on veut définir son identité, les deux choses qui importent vraiment. Et ensuite, pour un artiste du moins, l'obsession de la collection qui les accompagne. Et aussi la manière dont la poésie rassemble, et la manière dont la musique rassemble. La vie est faite de morcellement, et un vers, un fado ou une église gothique tentent de restaurer l'ordre de ce qui est menacé d'éparpillement. L'artiste et la mort entrent en concurrence. L'art, la musique et sans doute chaque forme de créativité doivent offrir une forme sérénité en ordonnant le désordre. Un des charmes de Van Nevel est qu'il laisse l'absence s'infiltrer dans sa vie, pour la sublimer ensuite en un atout. Cet atout est sa musique, invariablement le produit d'un lieu précis et d'un temps précis.

Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de choses qui animent davantage les gens que leur désir de trouver pour toute chose une place et un moment définitifs. Le définitif n'étant évidemment qu'une illusion. Paul Van Nevel me revient néanmoins à l'esprit, et ce n'est pas un endroit unique ni un moment unique qu'il recherche. Il veut que cet instant reste, que ce lieu reste. Il appartient à la terre et il veut l'éternité de cette terre, il veut défaire tous les instants de la terre de leur instantanéité. Tout comme un poète, en somme. Paul Van Nevel s'incline devant les poètes qu'il admire, convaincu de l'infériorité des notes. Je m'incline à mon tour devant le poète en lui, car je suis persuadé que ce ne sont jamais les notes qui sont inférieures, mais les mots.

(Traduction Eva De Volder)

 
Latest cd-release
2016
The mirror of Claudio Monteverdi
In een tijd waarin de wereld gefascineerd werd door het meten en in kaart brengen van het ...
Art. 0888751434820