• Chocs du mois, cd Jacob ClementClassica June edition 2012Critic: Guillaume Bunel Ivresses contrapuntiques. Paul Van Nevel dessine un magnifique portrait de jacob clement, compositeur fascinant , énigmatique et bourré de paradoxes. Explorant avec bonheur diverses facettes de la personnalité de Jacob Clement (plus couramment appelé Clemens non papa, le distinguant ainsi du pape homonyme), ce disque dessine un magnifique portrait de ce compositeur fascinant, plein de paradoxes : virtuose du contrepoint à l’inventivité saisissante, Jacob Clement semble en effet avoir mené une existence particulièrement dissolue, si l’on en croit certains de ses contemporains. S'il est bien difficile d'imaginer que les joyaux présentés sur ce disque sont effectivement les oeuvres d'un 'yvroigne', la variété presque sidérante des techniques et des styles maîtrisés par Jacob Clement, et ses surprenantes audaces peuvent tout au moins laisser deviner un personnage fantasque, hors du commun. Jacob Clement montre en effet une égale aisance dans les mouvements de messe d’écriture complexe, les psaumes homorythmiques, ou les chansons tantôt vives, jouant avec rythmes et phonétiques non sans humour (Jaquin jaquet), tantôt d’une intensité expressive qui n’est pas sans rappeler les œuvres les plus denses d’un Nicolas Gombert, son proche contemporain, présent lui aussi dans l’environnement de Charles Quint. Les ajouts souvent audacieux d’altérations accidentelles par les interprètes (musica ficta), qui font surgir des tensions cachées dans le contrepoint, et y suggèrent des figuralismes frappants, ainsi que les choix judicieux de tempos, de contrastes dynamiques, rendent plainement justice à cette musique si originale, inouïe, et en font ressortir la richesse. Comme toujours avec Paul Van Nevel, on note enfin le livret remarquablement bien documenté, qui brosse une appréciable synthèse des informations biographiques aujourd’hui disponible sur Clement. • Diapason D’OR, cd Jacob ClementDiapason Juli-August edition 2012Critic: Sophie Roughol Psaumes, chansons, motets et mouvements de messes. Un portrait comme un vitrail, aux couleurs adoucies par une lumière chaude, et cernées d’un fil rythmique absolument net. Paul Van Nevel y reprend son combat militant pour les polyphonistes franco-flamands dont la postérité souffre de l’astre Josquin. Il défend cette fois Jacob Clement dit Clemens non papa, haute figure et « mal vivant ». Mal connu surtout, car avant Van Nevel , seuls les Tallis Scholars (Missa Pastores quidnam vidistis) et le Brabant Ensemble (Requiem) avaient offert un album entier à celui que l’on disait ivrogne (une messe lui aurait même été payée en pichets de vin !) mais qui inventait une polyphonie dense, expressive, toujours personnelle. Probable réformé au service du catholique duc de Croye, Clement cultive l’imitation continue entre les voix comme son contemporain Gombert, et l’enrichit d’ambiguïtés modales dont le coloriste Van Nevel fait ses délices. Le programme, qui entremêle profane et sacré, serait-il confus ? Il est en réalité puissamment réfléchi, évocation du « Wanderer » que fut Clement : ouverture sur un Gloria paisible aussitôt contredit par la chanson très friponne et parisienne Jaquin jaquet. Tout l’art du Huelgas Ensemble est dans cette miniature où Van Nevel sait nous faire entendre un chef-d’œuvre en jouant sur le tempo ajusté, la durée exacte, le rythme comme ressort léger du rayonnement polyphoniques. Le florilège puise également dans les Souterliedeke (harmonisations polyphoniques des mélodies de psaumes en langue flamande) et à trois des deux cents motets. Chaque chanteur soigne la musica ficta, cette pratique essentielle des bémols et des dièses non notés à la Renaissance mais précieux pour infléchir l’ambiance modale ou le dessin mélodique : la fluidité contrapuntique y gagne des miroitements parfois saisissants (écoutez l’Agnus Dei de la Missa Spes salutis, et la progression inquiète de ses deuxième et dernière sections). La sculpture des strates vocales (fin du motet Fremuit spiritu Jesu), l’intonation impeccable (chanson Adieu mon espérance), les effets d’espace (scansion fascinante de Je prends en gré la dure mort) contrastent avec la désinvolture éditoriale : le texte de présentation mentionne de fausses indications de plages, omet les psaumes et annonce un Agnus Dei fantôme, tandis que figure au verso de la pochette un chapitrage erroné. |